Il allait disparaître quand il la repéra.
Elle se tenait assise par terre, bars enroulés autour des genoux, et semblait pleine de dédain à l’égards du chaos qui l’entourait. Il s’approcha. Elle avait des cheveux hérissés noirs, un corps androgyne, une allure très sombre à la « Joy Division », tout droit sortie des années 80. Elle arborait même un keffieh à carreaux bleus comme seul Yasser Arafat osait encore en porter.
Sous la coupe punk, le visage était d’une régularité stupéfiante ; une rectitude de figure égyptienne, taillée dans du marbre blanc. Paul songea à des sculptures [...] des formes au poli naturel, à la fois lourdes et douces, prêtes à se nicher au creux d’une paume ou à se dresser sur un doigt, en parfait équilibre. Des galets magiques, signé par un artiste du nom de Brancusi. [...] Paul lâcha son ordinateur et contempla une nouvelle fois la créature qui le fixait, de l’autre côté du bureau. Ses seuls iris noirs, soulignés de khôl, le sonnaient plus durement que les deux dealers zaïrois…
C’est beau. Ce n’est pas de moi mais d’un auteur assez connu je pense, qui écrit beaucoup de livres policiers. C’est le portrait d’une fille engagée dans des mouvements assez violents (anti-militaristes et par la même, anti-policiers), une fille sauvage et magnifique. J’aime beaucoup. Un autre petit extrait, pour la route :
Lorsque tous les gardiens
de l’ordre eurent cassé leur pipe,
en signe de protestation,
On sût que le grand jour était moche et
qu’il fallait agir.
Alors tout ceux dont on fait des statues pour
les jardins publics,
tous ceux qui rincent leur nom dans des
jus de monnaie,
tous ceux qui se coupent les mains pour
ne pas avoir à les salir,
tous ceux qui trouvent toujours le mot à
mettre sur la plaie,
Tous, du plus petit au plus grand, de la rosière
rance au fruit doré sur tranche, tous tendirent
leurs mains au ciel en clignant des paupières
et se firent photographier par la une des
journaux.
Il y eût un soir, il y eût un matin.
Et les petits enfants n’en eurent pas plus
de pain.
Mais l’heure était aux décisions
Tous les cuistres diplômés furent placés en rang par deux
Il y eût des discours, des banquets, des concerts…
Léon Thoorens, manuscrit inachevé
Ce n’est pas un poème mais cette manière de découper le texte le met en valeur. Il jongle avec les mots, c’est incroyable !! Il y a une véritable poésie qui se dégage de ces mots, et aussi beaucoup de questions qui se posent : pourquoi rosière rance ? pourquoi cuistres diplômés ?...